Informatique & sécurité
ChatGPT, Copilot et IA générative en entreprise : ce qu'il ne faut jamais taper dedans
8 min de lecture

Un salarié colle un extrait de contrat dans ChatGPT pour en obtenir un résumé rapide. Un autre demande à Copilot de corriger un e-mail contenant le nom et l'adresse d'un client. Un développeur fait relire un bout de code propriétaire par une IA générative pour déboguer plus vite. Ces gestes sont devenus quotidiens dans beaucoup de TPE et PME, souvent sans que personne ne se pose la question : où va réellement ce texte une fois envoyé ?
La réponse n'est pas la même selon l'outil utilisé et la formule choisie — grand public gratuite ou offre entreprise contractualisée — et elle a changé plusieurs fois ces dernières années chez les grands éditeurs. Plutôt que d'affirmer une règle unique qui serait fausse pour tel ou tel outil, cet article pose une question simple et une règle de prudence applicable dans tous les cas : qu'est-ce qu'on ne doit jamais taper dans un outil d'IA générative non validé par l'entreprise.
Grand public vs entreprise : la différence contractuelle qui change tout
La distinction la plus importante à comprendre n'est pas technique, elle est contractuelle. Les grands éditeurs d'IA générative proposent systématiquement deux familles d'offres, avec des engagements différents sur les données :
- Les offres grand public (ChatGPT Free, Plus, Pro pour OpenAI ; Copilot grand public connecté à un compte personnel Microsoft) sont par défaut susceptibles d'utiliser le contenu des conversations pour améliorer les modèles, sauf si l'utilisateur désactive explicitement cette option dans les réglages de confidentialité. Chez OpenAI, ce réglage s'appelle « Improve the model for everyone » et se désactive dans Paramètres puis Contrôles des données ; une fois désactivé, les nouvelles conversations ne servent plus à l'entraînement, mais un retour explicite (« pouce levé/baissé ») sur une réponse peut, lui, faire réutiliser toute la conversation associée, même avec l'option désactivée.
- Les offres entreprise (ChatGPT Business, ChatGPT Enterprise, ChatGPT Edu côté OpenAI ; Microsoft Copilot et Microsoft 365 Copilot Chat connectés à un compte professionnel ou scolaire « Entra ID ») reposent sur un contrat qui engage l'éditeur : par défaut, les invites et réponses de ces offres ne sont pas utilisées pour entraîner les modèles, sauf accord contractuel distinct signé par l'organisation elle-même.
Cette différence est documentée officiellement des deux côtés. OpenAI l'indique explicitement sur sa page consacrée à la confidentialité des entreprises : les données issues de ChatGPT Enterprise, Business, Edu et de l'API ne sont pas utilisées par défaut pour entraîner ou améliorer les modèles, contrairement aux offres individuelles où l'utilisateur doit choisir. Microsoft tient le même discours pour Copilot : dès qu'un utilisateur est connecté avec un compte professionnel ou scolaire éligible, la « protection des données d'entreprise » (Enterprise Data Protection) s'applique automatiquement, et les invites, réponses ainsi que les données issues de Microsoft Graph ne servent pas à entraîner les modèles de fondation.
Ce qui ne change rien à la prudence : même sur une offre entreprise qui ne forme pas les modèles, le contenu tapé reste traité et parfois conservé par l'éditeur (historique, journaux d'audit accessibles à l'administrateur IT, délais de rétention définis contractuellement). Une offre pro réduit un risque précis — l'entraînement du modèle sur vos données — elle ne rend pas pour autant tout contenu anodin à y déposer.
Ce point évolue régulièrement d'un éditeur à l'autre et d'une mise à jour de politique à l'autre : avant de se fier à un réglage précis, il reste nécessaire de vérifier la politique de confidentialité en vigueur de l'outil réellement utilisé dans l'entreprise, plutôt que de généraliser une règle lue une fois pour un autre outil ou une autre année.
Ce qu'il ne faut jamais taper dans un outil d'IA générative non validé par l'entreprise
Indépendamment des réglages précis de chaque éditeur, une règle de prudence simple protège une TPE qui n'a pas mis en place d'offre professionnelle contractualisée pour l'IA générative : ne jamais taper, dans un outil grand public non validé, ce qu'on ne voudrait pas voir sortir ailleurs un jour. Concrètement, cela couvre notamment :
- Les données personnelles de clients ou de salariés. Nom, adresse, numéro de téléphone, données de santé, situation familiale, bulletin de paie, dossier RH — coller ce type d'information dans un outil grand public pose une question directe de conformité RGPD, que l'outil entraîne ou non ses modèles dessus, car le simple fait de transmettre ces données à un tiers hors de tout contrat de sous-traitance encadré constitue déjà un traitement à risque. Le détail des obligations RGPD d'une TPE est développé dans notre article sur les obligations RGPD d'une TPE de l'Yonne.
- Les secrets commerciaux et le code source propriétaire. Un algorithme métier, une formule de tarification interne, un extrait de code qui fait la valeur du produit de l'entreprise : une fois tapé dans un outil grand public, ce contenu échappe au contrôle de l'entreprise, qu'il serve ou non à entraîner un modèle plus tard.
- Les identifiants et mots de passe. Jamais un mot de passe, une clé d'API, un jeton d'accès ou un code secret ne doivent transiter par une conversation avec une IA générative, même pour « demander si ce mot de passe est assez fort ». Un gestionnaire de mots de passe dédié reste le bon outil pour ce type de besoin : voir notre guide sur le gestionnaire de mots de passe pour entreprise.
- Les données financières sensibles. Chiffres d'affaires détaillés non publics, données bancaires, informations de trésorerie précises, projets de rachat ou de levée de fonds non annoncés.
- Tout ce qui est couvert par un secret professionnel ou une clause de confidentialité (NDA). Un avocat, un expert-comptable, un professionnel de santé ou toute entreprise liée par un accord de confidentialité avec un client ou un partenaire doit considérer qu'un outil d'IA générative grand public est un tiers externe au sens de cet engagement — y transmettre une information couverte peut constituer, en soi, une violation du secret ou du contrat, indépendamment du sort réservé ensuite à la donnée par l'éditeur de l'IA.
Le point commun à toutes ces catégories : la question n'est pas seulement « l'IA va-t-elle apprendre de mes données ? », mais déjà « ai-je le droit de transmettre cette information à ce tiers, dans ces conditions ? ». La seconde question se pose, et se répond souvent par non, bien avant la première.
L'IA générative grand public non validée est une forme de Shadow IT
Quand un salarié utilise de son propre chef un outil d'IA générative grand public pour traiter des informations de l'entreprise — sans que la direction ait validé cet usage ni vérifié les conditions de traitement des données — cette pratique rejoint exactement la définition du Shadow IT : un outil cloud utilisé en dehors de tout contrôle de l'entreprise, le plus souvent par commodité plutôt que par malveillance.
Nous détaillons ce phénomène plus largement, ses risques et la manière d'y répondre sans excès de répression, dans notre article sur le Shadow IT en TPE. L'IA générative grand public en est aujourd'hui l'un des exemples les plus répandus, parce que ces outils sont gratuits, accessibles en deux clics depuis un navigateur, et perçus — à tort ou à raison selon l'offre réellement utilisée — comme sans conséquence.
Checklist pratique : les règles simples à donner aux salariés
- Interdire explicitement de taper des données personnelles de clients ou de salariés, des mots de passe, du code source propriétaire ou des informations couvertes par un secret professionnel dans un outil d'IA générative non validé par l'entreprise.
- Donner une règle positive, pas seulement une interdiction : préciser quel outil est autorisé (le cas échéant une offre professionnelle validée), pour quels usages, et à qui s'adresser en cas de doute sur un cas particulier.
- Rappeler qu'anonymiser « à la volée » (remplacer un nom par « le client ») reste fragile si le contexte (montant, date, ville, nom de produit) permet quand même de réidentifier la personne ou l'entreprise.
- Vérifier, avant d'adopter un outil d'IA générative au niveau de l'entreprise, s'il existe une offre professionnelle (« Business », « Enterprise », connecté à un compte professionnel) qui contractualise la non-utilisation des données pour l'entraînement des modèles, plutôt que de rester sur l'offre gratuite individuelle de chaque salarié.
- Désactiver l'option d'entraînement sur les comptes individuels grand public déjà utilisés dans l'entreprise, en attendant une solution professionnelle (réglage disponible chez les principaux éditeurs, à vérifier dans les paramètres de confidentialité de l'outil concerné).
- Sensibiliser plutôt que seulement interdire : un salarié qui comprend pourquoi la règle existe l'applique davantage qu'un salarié qui contourne une interdiction jugée arbitraire.
Sur les alternatives : sans citer de tarif précis non vérifié, il existe aujourd'hui, chez la plupart des grands éditeurs d'IA générative, une offre professionnelle pensée pour les entreprises (quel que soit sa taille, y compris pour de petites structures), avec un contrat qui encadre la confidentialité, la gestion des accès par un administrateur et, le plus souvent, l'absence d'utilisation des données pour l'entraînement des modèles par défaut. Le choix d'une offre professionnelle plutôt que des comptes gratuits individuels mérite d'être posé comme une question de gouvernance informatique à part entière, au même titre que le choix d'une messagerie professionnelle ou d'un outil de stockage cloud validé — sujets que nous développons dans nos articles sur les alternatives bureautiques souveraines et sur l'encadrement informatique du télétravail.
Questions fréquentes
Une offre « Business » ou « Enterprise » garantit-elle que mes données ne sont jamais utilisées par l'éditeur ?
Elle garantit, par défaut et selon les engagements publiés par OpenAI et Microsoft à ce jour, que le contenu des invites et des réponses n'est pas utilisé pour entraîner les modèles de fondation. Cela ne signifie pas que les données ne sont pas traitées ou conservées du tout : elles restent traitées, stockées selon des politiques de rétention définies, et accessibles aux outils d'administration de l'organisation (journaux d'audit, par exemple). Ce point, comme tout engagement contractuel, doit être vérifié dans les conditions en vigueur au moment de la souscription, car les politiques évoluent.
Est-ce que toutes les IA génératives fonctionnent de la même façon sur ce sujet ?
Non, et c'est précisément pour cela qu'il ne faut jamais généraliser une règle lue pour un outil à un autre. OpenAI (ChatGPT) et Microsoft (Copilot) publient des politiques de confidentialité détaillées et une distinction claire grand public/entreprise au moment de la rédaction de cet article ; d'autres éditeurs d'IA générative peuvent avoir des politiques différentes, ou les faire évoluer. Avant d'utiliser un nouvel outil d'IA générative en entreprise, il faut lire la politique de confidentialité réelle de cet outil précis, pas supposer qu'elle ressemble à celle d'un concurrent.
Anonymiser le texte avant de le coller dans l'IA suffit-il ?
Cela réduit le risque mais ne l'élimine pas complètement. Remplacer un nom par une formule générique ne protège pas si d'autres détails du texte (une date précise, un montant, une ville, un nom de produit) permettent de reconstituer l'identité de la personne ou de l'entreprise concernée. Pour des données réellement sensibles (RGPD, secret professionnel, propriété intellectuelle), la règle la plus sûre reste de ne pas les transmettre du tout à un outil non validé, plutôt que de compter sur une anonymisation manuelle incertaine.
Conclusion : une règle de bon sens plutôt qu'une interdiction générale
L'IA générative est un outil de productivité réel, et l'interdire totalement dans une TPE n'est ni réaliste ni souhaitable. Ce qui compte est de distinguer clairement l'usage grand public individuel, où la prudence doit rester la règle par défaut, et une éventuelle offre professionnelle validée par l'entreprise, qui contractualise des garanties plus fortes sur l'utilisation des données. Entre les deux, une règle simple protège l'essentiel : ne jamais taper dans un outil non validé ce qu'on ne transmettrait pas, en l'état, à un inconnu.
Si vous souhaitez mettre en place une politique d'usage de l'IA générative dans votre structure, choisir une offre professionnelle adaptée ou simplement faire le point sur vos outils cloud actuels, écrivez-nous pour en discuter simplement, sans jargon.
À lire aussi :